Avant, j'étais dans la consommation d'alcool et de
stupéfiants… Je n’aurais donc pas vu tout ça.
Permettez-moi de faire un court retour sur mon voyage
précédent dans le cadre du Mouvement international citoyenneté et santé
mentale. Je prends mon bâton de pèlerin et vais témoigner des
nouvelles orientations de l'Institut et du rétablissement. Je pense à la
présentation de Milan et je ne veux pas nous faire passer pour des caves. Le
projet citoyen traite entre autres de l'entraide entre pairs avec ses limites et
ses particularités : on s'inspire du Citizen project de l'Université Yale.
Dans la communauté, on se doit de rétablir des liens avec
autrui comme citoyen à part entière. Les citoyens, c'est tous ceux et celles qui
exercent leurs droits civiques. Or, ici je pense davantage aux devoirs qu'aux
droits et aux responsabilités. Je ne crois pas qu'il existe des citoyens
ordinaires, mais des singuliers. Je comprends qu'on est un peu chez nous dans
tous les groupes d'entraide.
Départ pour Milan bientôt, on prend le bus métro Berri vers
l'aéroport. Je suis dans l'avion à l'aéroport Trudeau, bientôt Amsterdam. Je ne
suis pas un intellectuel. Je répète, je ne suis pas un intellectuel. Si j'avais
fait tant de psychoses, je serais incapable d'être ici... À 500 000 kilomètres
d'Amsterdam, on vole. Je ne suis pas Lindberg. Dans l'avion,
je regarde un documentaire sur mon idole John Lennon. On y voit le docteur Arthur Janov avec son oeuvre Le Cri primal,
une sorte de soin mental.
Pendant le colloque de l'AQRP
(Association québécoise pour la réadaptation psychosociale), j'ai vu une affiche
qui disait « Nelligan vous observe ». Je crois que le poète québécois n'apprécie
pas me voir écrire comme ça. On s'entend, je n’écris pas la grande œuvre du
21e siècle. J'ai Led Zeppelin
dans les écouteurs et c'est cool! Un magnifique solo de Jimmy Page. Il y a des
choses pires que de regarder les jolies jeunes filles faire de l'exercice dans
l'allée de l'avion… Elles se crèment les mains : quel parfum!
Un psy qui lit La Presse est-il politiquement à droite? Je
crois qu’on ne me «truste» pas, je dois mériter la confiance. J'ai toujours
l'idée qu'ils sont là pour m'évaluer. Non, je n’ai jamais tué personne. Je pense
encore à ma psychose : je croyais que c’était une initiation des Chevaliers de
Colomb. J'ai encore des pensées pornographiques.
J'arrive du souper : on a mangé de l’excellente pizza.
Demain, dans la matinée, je vais me promener dans Milan. Je parle tout seul. Je
ne sais pas ce qui pue au nez du docteur.
Ce matin, il pleut : je sors quand même...
J’ai marché jusqu'au centre de la vieille ville de Milan et
j’ai visité Il Duomo, la cathédrale et la place tout près
: cinq heures de marche très agréable! Et le café, ce n’est pas de l'eau de
vaisselle. Je pense à ce psy de Québec rencontré hier. Il posait sa main sur mes
bras, c'était très réconfortant. J’ai photographié une pancarte avec « I love
you Andre » dans un cœur. Je l'ai montrée au docteur; il a trouvé ça drôle.
Le voyage prend une tournure plus agréable. Je reviens du
colloque où j’ai croisé le coursier indien de l'hôtel : il me prend pour un
docteur. Je lui ai dit que j'aimais le voir sourire. J’ai aussi croisé mon
propriétaire : celui-là me suit partout. Qu'il me fiche la paix, son loyer est
payé!
J’ai parlé de rémunération avec la directrice de l'ACSM
(Association canadienne pour la santé mentale). Elle ne semblait pas comprendre
les différences de réalité entre un revenu de 600 dollars par mois contre je ne
sais combien pour les professionnels. Dans ces groupes, on se leurre un peu
là-dessus.
J'arrive d'un tour guidé de Milan où je n’ai pas été correct
avec France. Je croyais l'entendre dire que j’étais un trou du cul. Je l'ai
exprimé, j'ai vérifié et je ne peux rien faire de plus. À Milan, il y a un
Bukowsky Pub, un endroit pour alcooliques actifs seulement, alcooliques avec des
velléités d'écrivain. Sur la place, il y a le peuple de Milan : certains
s'amusent en lançant dans le ciel des lucioles artificielles.
Dans ma folie, je crois que mon frère a engagé tous ces gens
pour m'accompagner en voyage. Je deviens sénile : ce sont les premiers signes de
démence précoce. Quand je serai de retour à Montréal, je lirai Alessandro
Manzoni.
Je n’ai pas grand-chose à dire sur le
congrès.
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